Armille pédagogique constituée ici d'un disque gradué et d'une alidade à pinnules.
Deux armilles associées : une horizontale, l'autre verticale ou méridienne si son orientation est dans le plan nord-sud.

Une armille (du latin armilla : cercle, bracelet) est un instrument de mesure et d'observation astronomique utilisé dès le IIIe siècle av. J.-C. par Ératosthène puis au siècle suivant par Hipparque. Son usage, sous sa forme originelle, se perpétue jusqu'à la Renaissance.

Description et fonction

Elle est constituée d'un cercle — ou disque — métallique, gradué ou non, avec le plus souvent une alidade à pinnules. Orientée suivant un cercle particulier de la sphère céleste, elle permet des observations et la mesure d'angles sur 360° dans le plan de ce cercle. Deux armilles particulières peuvent être associées pour définir la position d'astres dans différents systèmes de coordonnées célestes. L'assemblage complexe de plusieurs armilles permet d'obtenir la sphère armillaire classique.

Principales armilles

Ce sont des représentations des grands cercles de la sphère céleste définie par ses systèmes de coordonnées célestes de base[1]. D'autres armilles secondaires, se trouvent associées à la construction des sphères armillaires pédagogiques[2].

Dans le système de coordonnées horizontales

Dans le système de coordonnées horizontales de la sphère céleste locale on trouve :

L'armille horizontale
Système de coordonnées horizontales

L'armille horizontale, fixe, matérialise le plan de référence. Elle est parallèle au plan de l'horizon (H) de l'observateur. Elle permet de localiser les lieux de lever et de coucher des astres et notamment du Soleil. Avec des précautions particulières, elle permet de trouver l'orientation du sud local. Le sud étant ensuite pris comme référence, l'armille peut servir à mesurer l'azimut A d'un astre dans le plan horizontal. Elle peut alors porter le nom d'armille azimutale[N 1].

L'armille verticale

Elle matérialise un grand cercle vertical (V) de la sphère céleste. Elle tourne autour de l'axe vertical (zénith-nadir) la contenant. Elle permet de mesurer la hauteur h d'un astre (ou son complément, la distance zénithale z). En association avec une armille horizontale, elles permettent de déterminer les coordonnées horizontales des astres.

L'armille méridienne

Placée dans le plan du méridien local (M), c'est un autre plan fixe de référence ; elle permet de mesurer les hauteurs méridiennes des astres dont la hauteur méridienne du soleil aux solstices d'été et d'hiver.

Dans le système de coordonnées équatoriales

Système de coordonnées équatoriales

Dans le système de coordonnées équatoriales, on trouve :

L'armille équatoriale

L'armille équatoriale, matérialise le plan de référence. Elle est parallèle au plan de l'équateur céleste (Eq). Fixe et seule, elle permet de déterminer l'instant de l'équinoxe. L'armille équatoriale peut aussi porter le nom d'armille équinoxiale.

L'armille horaire

Elle matérialise un grand cercle horaire (hor) de la sphère céleste. Elle tourne autour d'un axe parallèle à l'axe des pôles célestes la contenant. Elle permet de mesurer la déclinaison δ d'un astre. En association avec une armille équatoriale, elles permettent de déterminer les coordonnées équatoriales des astres ; le couple de ces deux armilles porte souvent le nom d'« armilles équatoriales » sans différenciation, ce qui prête à confusion. Pour enlever toute ambiguïté, certains auteurs préfèrent parler d'armilles « équatoriennes » ; on trouve aussi l'appellation « sphère armillaire équinoxiale ».

Dans le système de coordonnées écliptiques

Système de coordonnées écliptiques

Dans le système de coordonnées écliptiques, on trouve :

L'armille écliptique

Elle matérialise le grand cercle de l'écliptique (Ecl).

L'armille « des latitudes écliptiques »

Elle matérialise un grand cercle (Lat) sans nom particulier. Elle tourne autour d'un axe parallèle à l'axe des pôles de l'écliptique la contenant. Elle permet de mesurer la latitude écliptique β d'un astre. En association avec une armille écliptique, elles permettent de déterminer les coordonnées écliptiques des astres ; le couple de ces deux armilles porte souvent le nom d'« armilles écliptiques » sans différenciation, ce qui prête à confusion. Certains auteurs préfèrent parler d'armilles « zodiacales » (tel Tycho Brahe), ce qui enlève toute ambiguïté ; on trouve aussi l'appellation « sphère armillaire écliptique ou zodiacale ».

Histoire

Dans l'Antiquité

Tout au début du IIIe siècle avant notre ère, Timocharis d'Alexandrie et Aristylle « semblent avoir été les premiers à avoir repéré la position des étoiles par rapport à l'écliptique,…, et observer plusieurs solstices[3]. » Bailly, commentant Ptolémée, « ne peut douter qu'ils n'eussent des instruments circulaires et divisés [4]. » ; Delambre dit qu'« on peut conjecturer avec quelque vraisemblance de l'emploi d'une armille solsticiale [méridienne]… » Mais il n'existe aucune preuve que ces relevés aient été réalisés à partir d'armilles[5].

Armilles solsticiales [armilles méridiennes].
Armilles équinoxiales [une équatoriale, l'autre méridienne].

Dans la seconde moitié du IIIe siècle avant notre ère, Ératosthène, d'après Ptolémée, fait placer des armilles dans le portique (observatoire) d'Alexandrie. Il est donc considéré comme l'inventeur de ces instruments[6]. Il s'agissait d'armilles équatoriales (ou plutôt équatoriennes) et d'armilles solsticiales (deux armilles méridiennes concentriques). D'après Proclus, cet instrument était un cercle de cuivre d'un mètre de diamètre environ, gradué en sixièmes de degré, donc de 10' en 10'. Il aurait servi à mesurer l'obliquité de l'écliptique ε, d'après Ptolémée ; mais Delambre en doute, la valeur trouvée ε = 23° 51' 20" étant incompatible avec les graduations de 10' en 10' de l'instrument. Ce dernier pense donc qu'il a plutôt utilisé un gnomon[7] pour déterminer ε.


Dans le milieu du IIe siècle avant notre ère, Hipparque rédige un catalogue d'étoiles dont les coordonnées sont essentiellement équatoriales (850 étoiles environ), mais certaines de ces coordonnées sont aussi écliptiques (plus de 122)[8]. Il utilise pour ses relevés des armilles de tous types qu'il améliore. Il est dit être le premier à avoir placé des pinnules sur les alidades[9]. Parmi les armilles simples, Hipparque, cité par Ptolémée, parle d'une armille équinoxiale (équatoriale) fixe placée dans le « portique carré » d'Alexandrie ; elle permettait de déterminer l'instant de l'équinoxe, d'où son nom[9]. À Rhodes, où il observe, il en existe plusieurs. Elles sont attachées à une muraille ou fixées au pavé de la palestre (terrain de sport)[10]. Pour ses observations par rapport à l'écliptique, il utile probablement des armilles telles que celles décrites par Ptolémée dans l'Almageste.

Armilles zodiacales de Ptolémée ; instrument dit organon ou astrolabe.
Organon, schéma simplifié.

Dans la première moitié du IIe siècle, Ptolémée décrit dans le détail certains de ses instruments qu'il a conçus ou tout simplement perfectionnés[11].

Dans le monde islamique

Les astronomes du monde islamique augmentent considérablement les dimensions des sphères armillaires. Au XIIIe siècle, à Maragha en Iran et au XVe siècle à Samarcande en Ouzbékistan, les observatoires se servent de ces instruments pour l'observation et la mesure[16].

L'astronome al-Wafa'î, († 1469) qui travaille au Caire décrit une armille équatoriale dans ses tables auxiliaires, un de ses ouvrages manuscrit dont la Bibliothèque Vaticane garde l'unique copie[17].

La traduction de textes arabes dans le Livre du savoir du roi Alphonse X de Castille comporte en illustration un assemblage d'armilles ou sphère armillaire (ca. 1279).

Armilles, illustration du Livre du savoir, ca. 1279.

En Chine

Horloge astronomique de Su Song

Depuis plusieurs millénaires, les astronomes ont noté les phénomènes célestes de l'Empire du Milieu. Il existe des textes relatifs aux observations dès le Ve siècle avant notre ère, mais les instruments utilisés ne sont guère connus.

Des instruments armillaires existent probablement sous une forme certainement élaborée au début de notre ère : « On attribue à l'astronome des Han, Zhang Heng (°78 - †139), l'idée d'associer une sphère armillaire à une clepsydre pour constituer une horloge astronomique. Cette tradition, progressivement améliorée, a abouti en 1088 à la célèbre horloge astronomique réalisée par Han Gonglian sous la direction du ministre Su Song. » Le traité original écrit pour sa construction existe toujours. Une représentation de l'horloge avec sa sphère armillaire y est grossièrement dessinée.

Plus tard, l'Observatoire antique de Pékin, fondé en 1279, comporte des instruments qui ont disparu, mais des copies, datant des Ming (1442), se trouvent aujourd'hui à l'observatoire de la Montagne Pourpre à Nankin. Parmi eux deux instruments armillaires particuliers et une sphère d'observation :

Le plus grand des instruments particuliers est une monture équatoriale où sont associées deux armilles : une armille équatoriale[N 3] et une armille horaire, l'ensemble tournant autour de l'axe des pôles. L'armille horaire comporte toujours son alidade à pinnules. On peut juger sur l'image des dimensions de cet instrument.[Quoi ?]

Plus discret, un autre instrument se trouve à proximité. Il s'agirait d'un instrument comportant un couple d'armilles pour effectuer des relevés de coordonnées écliptiques[18].

La sphère d'observation, de bonne facture et aux dimensions elles aussi imposantes, semble être une sphère pour coordonnées équatoriales. Les colures et l'écliptique sont aussi visibles.

Toujours à l'Observatoire antique de Pékin, au XVIIe siècle, le père jésuite Ferdinand Verbiest ( °1623 - †1688) fait installer des instruments astronomiques pré-télescopiques sur la terrasse de l'observatoire. Ces instruments y sont toujours visibles. Parmi eux trois instruments armillaires :

À la Renaissance

Les armilles, aujourd'hui.
Dessin de Danti (1578).

En 1574, à Florence, en Italie, Danti, fait installer sur la façade de la basilique Santa Maria Novella deux armilles fixes. Sa finalité, tout comme Ptolémée, est de définir l'instant de l'équinoxe. Ce sont :

Le 11 mars, à 10 h 24, le soleil traverse l'équateur céleste, et par là-même, l'ombre du bandeau avant de l'armille équatoriale passe de la partie supérieure à la partie inférieure sur le bandeau arrière. L'inclinaison de l'armille équatoriale étant légèrement incorrecte, Danti se trompe d'environ h 30 min. Ces armilles « équinoxiales » existent toujours[20].

Dans le dernier quart du XVIe siècle, l'astronome Tycho Brahe crée et utilise un grand nombre d'instruments d'observation. En 1598, il décrit et illustre dans son ouvrage latin Mécanique de l'astronomie rénovée tous les instruments dont il s'est servi. Parmi eux, cinq instruments armillaires de différents types. Soit, dans l'ordre de l'ouvrage et traduit littéralement par Jean Peyroux :

Tycho Brahe sera un des derniers astronomes à utiliser des instruments armillaires. Complexes, ils étaient chers et ils présentaient des défauts d'équilibrage qui jouaient sur l'exactitude des mesures. Quelque cinquante ans après Tycho, Johannes Hevelius le dernier des « astronomes prétélescopiques » ne les utilisait plus[23]. La lunette astronomique, montée sur différents instruments, fera rapidement oublier les armilles[N 4], à l'exception des sphères armillaires pédagogiques qui, elles, existent toujours[24].

Bibliographie

Article connexe

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Sphère armillaire

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. Le plus souvent ces instruments ne sont pas nommés par les auteurs qui les décrivent. Dans le cas ou un nom est donné, il peut varier d'un auteur à l'autre. Ils seront précisés au cas par cas dans la section Histoire.
  2. Depuis l'époque moderne, on lui donne souvent le nom de sphère armillaire d'observation.
  3. Le cercle est divisé en 365 parties ¼, comme le nombre de jours dans l'année ; division spécifique à la Chine ancienne.
  4. L'exactitude des armilles s'évaluait en minutes de degrés alors que celle des instruments à lunettes était donnée en secondes de degrés.

Références

  1. Pour la sphère et les coordonnées voir : Denis Savoie, Cosmographie, Paris, Belin, coll. « Pour la science », , 127 p. (ISBN 978-2-7011-4005-6, BNF 40933143), p. 17-22
  2. La désignation des différentes armilles qui suivent est empruntée à Ptolémée et Jean-Baptiste Delambre, références citées dans l'ouvrage de Raymond d'Hollander 2002, p. 176-179 ; et encore dans Tycho Brahe 1978.
  3. Raymond d'Hollander 2002, p. 106.
  4. Jean Sylvain Bailly, Histoire de l'astronomie moderne, t. 1, Paris, de Bure, (lire en ligne), p. 444
  5. Delambre, Histoire de l'astronomie ancienne, vol. 1, Paris, Coursier, (lire en ligne), xx
  6. Jean Sylvain Bailly, Histoire de l'astronomie moderne (lire en ligne), p. 33
  7. Raymond d'Hollander 2002, p. 128.
  8. Raymond d'Hollander 2002, p. 163.
  9. a et b Jean Sylvain Bailly, Histoire de l'astronomie moderne (lire en ligne), p. 59
  10. Raymond d'Hollander 2002, p. 177.
  11. Ptolémée, Composition mathématique (Almageste) : traduction M. Halma, t. 1, Paris, Herman,
  12. Ptolémée, Composition mathématique (Almageste) (lire en ligne), p. 46-47
  13. Ptolémée, Composition mathématique (Almageste) (lire en ligne), p. 153
  14. Ptolémée, Composition mathématique (Almageste) (lire en ligne), p. 283-287 ; voir aussi Philippe Dutarte 2006, p. 62-66.
  15. Vidéo Gérard Baillet : Accès en ligne
  16. Philippe Dutarte 2006, p. 66.
  17. Catalogue d'exposition, L'âge d'or des sciences arabes : exposition présentée à l'Institut du monde arabe, Paris, 25 octobre 2005-19 mars 2006, Paris, Actes Sud, , 311 p. (ISBN 978-2-7427-5672-8, BNF 40783511), p. 107 p. 107
  18. Pour les armilles chinoises, voir Jean-Marc Bonnet-Bidaud, Revue L'Astronomie : Les astronomes de l'Empire du Milieu, vol. 121, Paris, SAF, , p. 84-91
  19. Suzanne Débarbat, Revue L'Astronomie : Louis XIV, l'Observatoire de Paris et les jésuites en Chine, vol. 9, Paris, SAF, , p. 22-27
  20. John L. Heilbron (trad. de l'anglais), Astronomie et églises, Paris, Belin, coll. « Pour la science », , 367 p. (ISBN 978-2-7011-2814-6, BNF 38982487), p. 66-71
  21. La coudée de Tycho vaudrait 39 cm d'après Philippe Dutarte 2006, p. 66.
  22. Tycho Brahe 1978, p. 54-68.
  23. Voir les illustrations dans Johannes Hevelius, Machina coelestis, Gedani, (lire en ligne).
  24. Philippe Dutarte 2006, p. 66-72 ;Maurice Daumas, Les instruments scientifiques aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, P.U.F., , p. 20 ; 22,23..