Benjamin Fondane
Fondane autour de 1915
Nom de naissance Benjamin Wechsler (ou Wexler)
Alias
B. Fundoianu
Naissance
Iași,
Roumanie
Décès (à 45 ans)
Auschwitz (Pologne),
 Reich allemand
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français principalement

Benjamin Fondane, alias B. Fundoianu, né Benjamin Wechsler (ou Wexler) le à Iași en Roumanie et mort le 2 ou le dans une chambre à gaz du camp d'extermination d'Auschwitz[1], est un philosophe, poète, dramaturge, essayiste, critique littéraire, réalisateur de cinéma et traducteur juif athée roumain, naturalisé français en 1938, principalement d'expression française.

Biographie

Famille

Fils d’Isaac Wechsler et d’Adela Schwarzfeld, Benjamin Wechsler était le cadet de la famille. Il avait une sœur aînée, Line, et une sœur puînée, Rodica.

Son père était un commerçant dont les parents étaient originaires de Hertza, bourgade située dans le nord de la Moldavie.

Sa mère appartenait à une éminente famille d’intellectuels juifs dont le père, Benjamin Schwarzfeld, originaire de Galicie, pédagogue et hébraïsant, créa la première école juive à Iași. Les frères d’Adela, Elias, Moses et Wilhelm, étaient des érudits réputés. Elias Schwarzfeld écrivit une Histoire des Juifs de Roumanie[2].

Il épouse Geneviève Tissier le 28 juillet 1931.

Carrière

Il publie de la poésie dès son plus jeune âge et prend, vers 1913, le nom de plume B. Fundoianu, du toponyme roumain Fundoaia. En 1918, il est l'auteur du drame Tăgăduința lui Petru (Le Reniement de Pierre), courte pièce de théâtre parue aux Éditions Chemarea. Après la fin de ses études secondaires à Iași, il part pour Bucarest et devient le centre d'un groupe d'avant-garde qui inclut Marcel Janco, Max Hermann Maxy, Iosif Ross, Sașa Pană, Ion Vinea, Ștefan Roll et Ilarie Voronca. Il publie dans d'importants périodiques, toujours sous le nom de B. Fundoianu, et fonde brièvement en 1921-1922 une troupe théâtrale, Insula (L’Île), influencée par les conceptions de Jacques Copeau.

Il arrive à Paris en 1923 où il devient Benjamin Fondane, ajoutant la culture française à ses racines roumaines et hébraïques. C'est à Paris qu'il écrit sa première œuvre en français, Exercice de français, publiée en 1925. Il rencontre Tristan Tzara, qu'il interviewe ; il adhère lui-même au mouvement surréaliste, ainsi qu'au sous-groupe d'Arthur Adamov, et publie de nouveaux poèmes tel À Madame Sonia Delaunay, partie d'un projet inachevé intitulé Ulysse 1927.

En 1924, il rencontre chez Jules de Gaultier le philosophe russe Léon Chestov, qui sera la rencontre la plus déterminante de sa vie : les deux hommes se lient d'une amitié forte, et Chestov devient le maître de Fondane en philosophie. Fondane écrit alors, notamment dans Les Cahiers du Sud, sur Martin Heidegger, Edmund Husserl, Friedrich Nietzsche, Søren Kierkegaard, Sigmund Freud, Stéphane Lupasco… tout en contribuant à faire connaître la pensée de Chestov en France. En 1939, il confiera à Victoria Ocampo une copie de son manuscrit Rencontres avec Léon Chestov, qui ne sera publié que bien après sa mort.

En 1933, il travaille avec Dimitri Kirsanoff à un film expérimental intitulé Rapt, libre adaptation du roman de Charles Ferdinand Ramuz La séparation des races. En 1936, il écrit et réalise le film Tararira en Argentine. Sur le bateau du retour, il se lie d'amitié avec le catholique néo-thomiste Jacques Maritain.

Durant les années 1930, Fondane se trouve au cœur de la vie intellectuelle française. Pour cet ardent polémiste, la pensée se définissait comme une lutte, comme pour Chestov, qui tenait que la philosophie n'est pas une connaissance mais une lutte acharnée à mort pour la Liberté. C'est dans cet esprit que Fondane suscita un débat en 1936 sur l'interprétation de Kierkegaard en France. Il visait particulièrement Denis de Rougemont, Rachel Bespaloff et Jean Wahl.

En 1938, à la mort de Chestov, Fondane est connu comme étant son disciple et est reconnu comme philosophe.

En 1940, Fondane est engagé lors de l'invasion nazie en France. Fait prisonnier, il s'évade, est repris et il est hospitalisé au Val-de-Grâce pour une appendicectomie. Après avoir regagné son domicile, il travaille à son projet Ulysse et à divers essais.

En mars 1944, il est arrêté par la police de Vichy. Ses amis parviennent à obtenir sa libération mais Benjamin Fondane décide de ne pas abandonner sa sœur Line. Il est envoyé au camp de Drancy, puis déporté à Auschwitz par le convoi 75 du 30 mai au départ de la gare de Bobigny[3].

Son œuvre

L'œuvre de Benjamin Fondane est marquée par la multiplicité des formes d'expression : poésie (ses œuvres poétiques sont rassemblées sous le titre général : Le mal des fantômes, Verdier Poche, 2006), théâtre (Le Festin de Balthazar, Philoctète), philosophie (en particulier La Conscience malheureuse, 1936; rééd. Verdier, 2013), critique de cinéma (Écrits pour le cinéma, Verdier Poche, 2007), réalisation cinématographique (Tararira, 1936), essais d'esthétique et de poétique (Faux Traité d'esthétique, 1938, rééd. Paris Méditerranée, 1998), essais sur la littérature (Charles Baudelaire et l'expérience du gouffre, 1947; rééd. Complexe, 1994).

Polémiste redoutable, notamment dans ses Chroniques de la philosophie vivante, qu'il publie aux Cahiers du Sud tout au long des années trente, Fondane définit ses positions dans un espace agonistique de lutte et d'oppositions (Contre Hegel, Heidegger, Jean Wahl, Edmund Husserl, Paul Valéry, André Breton…).

Il publie dans de nombreuses petites revues qui assurent la diffusion efficace de ses positions contre le surréalisme de Breton, contre la poétique de Paul Valéry, contre le discours autobiographique d'André Gide, contre l'hégélianisme ou la phénoménologie husserlienne. Cette polyvalence transdisciplinaire recouvre en réalité une remarquable cohérence philosophique de l'œuvre. Il écrivit la première partie de son œuvre poétique et critique, déjà considérable, en roumain, puis adopta le français à partir de 1924 après son arrivée à Paris.

Si sa poésie roumaine se détache rapidement des influences symbolistes de sa jeunesse pour évoluer vers un style plus expressionniste, elle fut marquée par la traversée des avant-gardes, aux frontières du dadaïsme et du surréalisme, avant de se transformer en une poésie existentielle, chargée d'attester avec force l'errance du poète dans le flux perpétuel d'un monde naufragé, solidaire des émigrants juifs. La révolte ou l'irrésignation se trouve au cœur de cette œuvre, marquée par l'obsession du désastre d'une civilisation capable de transformer les individus en fantômes de l'histoire.

L'œuvre de Fondane, fortement imprégnée de la philosophie de la tragédie de Léon Chestov, exprime toujours une révolte contre la « finitude » humaine et une attestation véhémente de l'existence individuelle, menacée par la finitude, l'exil, le mépris, le rationalisme abstrait et déréalisant, la violence de l'histoire. Son combat contre un certain rationalisme destructeur, son refus de toute aliénation idéologique, morale, politique de la poésie, son cri en faveur d'un Dieu absent réclamé devant le désastre, rendent son œuvre particulièrement significative pour le lecteur contemporain.

Le 21 juin 1968, l'épouse et la fille de Claude Sernet ont fait don à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet de manuscrits et d'œuvres de Benjamin Fondane qui étaient en leur possession.

Citations

Plaque commémorative sur l'immeuble où vécut Fondane, rue Rollin.
Plaque commémorative sur l'immeuble où vécut Fondane, rue Rollin.
Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne demande
rien! Oubliez-le, oubliez-le! Ce n’est
qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous sera périmée,
souvenez-vous seulement que j’étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,
j’avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,
un visage d’homme, tout simplement!
(1942)

Benjamin Fondane - Préface en prose, extrait de L'Exode (Super flumina Babylonis), publié dans l’anthologie Le mal de fantômes, Paris, Éditions Verdier, 2006, p. 153.

Œuvres

Articles et ouvrages de Benjamin Fondane publiés de 1925 à 1944

1925
1927
1928
1929
1930
1931
1932
1933
1934
1935
1936
1937
1938
1939
1940
1941
1942
  1. Ulysse (Fragments), Messages, 1, mars 1942, 46-54.
1943
1944

Rééditions et anthologies

Notes et références

  1. Claudine Cardon-Hamet, « La "sélection" pour la chambre à gaz du poète Benjamin Fondane (Témoignage d'André Montagne, 45912) », sur politique-auschwitz.blogspot.com (consulté le ) : « Je vois encore Fondane sortir du block, passer très droit devant les SS, fermant le col de sa veste pour se protéger du froid et de la pluie, monter dans le camion. L'un après l'autre, les camions lourdement chargés s'ébranlèrent vers Birkenau. Deux heures plus tard, nos camarades étaient morts gazés. »
  2. « biographie benjamin Fondane », sur www.benjaminfondane.org (consulté le )
  3. Eric Freedman, « Benjamin Fondane sous Vichy au printemps 1944 », publié dans Cahiers Benjamin Fondane, 8, 2005, p. 20-23

Voir aussi

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Bibliographie

Ouvrages
Articles publiés en volumes collectifs
Numéros spéciaux de revues
Articles publiés en revues

Liens externes