Boris Cyrulnik
Portrait de Boris Cyrulnik
Boris Cyrulnik, en novembre 2011.
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata (84 ans)
BordeauxVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité Française
Thématique
Formation Médecine (psychiatrie)
Profession Neurologue (en), psychiatre et psychanalysteVoir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Université de la Méditerranée-Aix-Marseille-II et université de ToulonVoir et modifier les données sur Wikidata
Travaux Éthologie clinique
Intérêts psychanalyse
Idées remarquables résilience
Distinctions Prix Renaudot de l'essai (d), commandeur de la Légion d'honneur‎ (d) () et docteur honoris causa de l'université catholique de Louvain (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Boris Cyrulnik, né le à Bordeaux, est un auteur de livres grand public traitant de psychologie et de récits de vie, ainsi qu'une personnalité médiatique française. Médecin neuropsychiatre de formation ayant un temps exercé comme tel mais aussi comme psychanalyste, il a animé un groupe de recherche en éthologie clinique au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer. Il est directeur d'enseignement du diplôme universitaire d'éthologie humaine de l'université de Toulon.

Il a notamment vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance) qu'il a tiré des écrits de John Bowlby[1]. À la suite de ce dernier, Boris Cyrulnik voit d'abord l'éthologie comme « un carrefour de disciplines »[2].

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)[3]. Boris Cyrulnik est également engagé pour la protection de la nature et des animaux.

Biographie

Jeunesse

Boris Cyrulnik naît à Bordeaux en 1937[4], au sein d’une famille juive ashkénaze arrivée en France dans les années 1930[5]. Son père, Aaron Cyrulnik, ébéniste ukrainien né à Luck[6], s'engage dans la Légion étrangère[7]. Sa mère, polonaise, Estera Cyrulnik (née Smulewicz), est née à Lublin[8]. Durant l'Occupation, ses parents le confient en 1942 à une pension pour lui éviter la déportation[9]. Il est ensuite recueilli à l'Assistance publique, puis par une institutrice bordelaise, Marguerite Farges, qui le cache chez elle rue Adrien-Baysselance durant deux ans[7]. Lors de la rafle du 10 janvier 1944, il est détenu à la grande synagogue de Bordeaux[7]. Il s'y cache dans les toilettes et est sauvé alors par une infirmière[10],[11]. Il est ensuite pris en charge et caché par un réseau, puis placé dans une ferme, sous le nom de Jean Laborde, jusqu'à la Libération[7].

Ses parents, arrêtés en 1942 et 1943, meurent en déportation, et il est recueilli à Paris par sa tante maternelle, Dora, seule survivante, qui l'élève. Il explique que c'est cette expérience personnelle traumatisante qui l'a poussé à devenir psychiatre[6].

Formation et carrière

Boris Cyrulnik fait ses études secondaires au lycée Jacques-Decour à Paris, puis supérieures à la faculté de médecine de Paris. Le service de neurochirurgie parisien dans lequel il fait fonction d'interne pendant un an (1967-1968) refuse de prolonger son contrat, et le service de psychiatrie de l'hôpital de Digne dans lequel il commence alors son internat refuse également de prolonger son contrat au bout d'un an (1968-1969), malgré l'appel de cette décision qu'il fait alors auprès du conseil de l'ordre[12]. Afin de valider son certificat d'études spéciales en neuropsychiatrie, il semble trouver un point de chute dans le service de psychiatrie du Pr Sutter[12] à Marseille (une autre version de sa biographie mentionne quant à elle un internat en psychiatrie à Digne-les-Bains de 1968 à 1971)[réf. nécessaire]. Dans les entretiens réalisés pour l'émission À voix nue de France-Culture, il dit avoir passé plusieurs années à exercer à l’hôpital de Digne-les-Bains.

Il devient ensuite médecin chef de La Salvate, un établissement privé de postcure psychiatrique[13]. Il quitte ce poste en 1979 et s'installe comme psychanalyste à mi-temps[4], tout en donnant des consultations au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer (jusqu'en 1991) ; il y crée un groupe de recherches en éthologie clinique qu'il anime jusqu'à la fin des années 1990 au moins[14]. Il publie en 1984 Éthologie clinique : 14 textes originaux (éditions de la Société de psychologie médicale de langue française)[15]. Chargé de cours d'éthologie humaine à la faculté de médecine de Marseille de 1974 à 1987, il est depuis 1995/1996[réf. souhaitée] directeur d'enseignement d'un diplôme universitaire en éthologie humaine de l'université de Toulon[16].

En 1998, il est nommé président du Centre national de création et de diffusion culturelles de Châteauvallon, puis en 2005 président du prix Annie-et-Charles-Corrin sur la mémoire de la Shoah (depuis 2005).

Boris Cyrulnik est une des 43 personnalités ayant constitué la commission Attali sur les freins à la croissance, dirigée par Jacques Attali et installée le par Nicolas Sarkozy[17].

De 2007 à 2014, il est l'un des deux chroniqueurs dans l'émission Histoire d'Homme réalisée par Marie-Odile Monchicourt, avec Yves Coppens, sur France Info[18].

Il préside à partir de 2012 le conseil scientifique de l'université privée Fernando-Pessoa, devenue le Centre libre d'enseignement supérieur international (CLESI) puis Europe Eduss, avec un autre universitaire et ancien président de l'université de Toulon, Bruno Ravaz[19],[20]. Elle sera condamnée à fermer ses portes le 18 septembre 2014[21].

Après avoir présidé, en 2018, les Assises de l’école maternelle, Boris Cyrulnik s'est vu confier par le président Emmanuel Macron en septembre 2019 la présidence du « Comité des 1 000 premiers jours de l'enfant », une période fondatrice dans le développement des tout-petits. La commission d’experts bénévoles a rendu ses travaux en septembre 2020[22]. Le gouvernement a en parallèle engagé le cabinet privé de conseil en stratégie Roland Berger pour une mission identique mais facturée 425 000 [23].

Vie privée

Il se marie en 1964 avec une femme médecin et peintre[4], le couple a deux enfants : une réalisatrice de films documentaires et Maître de conférences à l'université Aix-Marseille, et un musicien[24].

Honneurs et distinctions

Prises de position

Boris Cyrulnik s'est positionné à plusieurs reprises contre la gestation pour autrui, notamment au titre des effets délétères sur la vie entière qu'aurait la séparation précoce d'avec la mère biologique[27], et parce qu'un bébé né d'une mère ne l'ayant pas investi affectivement pendant sa grossesse aurait selon lui un retard de développement à la naissance.

Interrogé fin 2011 sur la querelle autour de la « théorie du genre », Boris Cyrulnik répond : « Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est. »[28].

Sur l'homoparentalité, Boris Cyrulnik est plutôt pour : « Selon mon expérience, les enfants élevés par des couples homosexuels grandissent comme les autres[29]. »

Engagé pour la défense des droits des animaux, Il est un ami de Jane Goodall et membre de l'Institut Jane Goodall France[30].

Conteur à la « voix douce, enveloppante et délicieusement régressive[31] » et vulgarisateur (en 2010, il a vendu plus de 1,5 million d'exemplaires de ses différents ouvrages)[32], Boris Cyrulnik a en effet réussi à médiatiser des thèses biologisantes[33] : « gène du surhomme » qui « facilite le transport de la sérotonine, un neuromédiateur qui lutte contre les émotions dépressives » et joue un rôle déterminant dans la résilience[34] ; différences naturelles de tempéraments et de comportements entre individus (et plus particulièrement entre hommes et femmes), déterminées par les prédispositions génétiques, les hormones sexuelles, le système immunitaire[35],[36].

Critiques

Le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis explique dans une enquête que Boris Cyrulnik raconte « peu ou prou la même chose » dans ses 18 livres (2,5 millions d’exemplaires vendus) avec de nombreuses banalités, des contradictions et des références, notamment scientifiques, défaillantes (non référencées, invérifiables). Son statut de scientifique y est aussi questionné puisque : il n’exerce plus comme médecin depuis 1999, il n’est pas éthologue (ce qu’il confirme au journaliste) et il n’est guère cité dans les publications académiques. Concernant la notion empruntée de résilience, le journaliste ajoute qu’il se contente « dans ses livres d’enchaîner les anecdotes sans esquisser la moindre théorisation sérieuse » alors même que des discussions ont cours dans le milieu scientifique[37].

La chercheuse indépendante Odile Fillod a consacré deux billets critiques aux thèses et au parcours de Boris Cyrulnik[38],[39].

Publications (sélection)

Ouvrages

En anglais

En allemand

(Pourquoi l'amour guérit les plaies)
(Corps et âme)
(Mourir de dire : La honte)

Préfaces

Ouvrages collectifs

Entretiens

Notes et références

  1. John Bowlby, Attachement et perte, trois volumes, PUF, coll. « fil rouge », 2002.
  2. Mémoire de singe et paroles d'homme.
  3. Page « Comité d'honneur », sur le site de l'ADMD.
  4. a b et c Pascale Nivelle, « La maladie du bonheur », 21 février 2001, Libération, consulté le 26 juillet 2021.
  5. (en) « Escape from the Past », The Guardian, 18 avril 2009
  6. a et b « Entretien : Boris Cyrulnik, la confession », Le Point, 19 septembre 2008.
  7. a b c et d Documentaire Boris Cyrulnik. À l'assaut du malheur, de Youki Vattier, produit par Docside Production, 2009, collection « Empreintes » (diffusé sur France 5 le ).
  8. Voir Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Klarsfeld, 2012.
  9. Émission Des mots de minuit no 497 le 21 mars 2013 sur France 2.
  10. Anne Crignon, « Boris Cyrulnik : L'échappée belle », Le Nouvel Observateur, 15 février 2001.
  11. « Force intérieure : trouver le courage en nous », Psychologies magazine, janvier 2002.
  12. a et b De chair et d'âme, éd. Odile Jacob, 2006, p. 9-10
  13. Curriculum Vitae de février 2007 sur le site du Consulat de France à Jérusalem : http://www.consulfrance-jerusalem.org/IMG/CV_Boris_Cyrulnik_francais_arabe_def.doc
  14. Au début de la vie psychique (Odile Jacob, 1999), p. 172 : « Boris Cyrulnik : neuropsychiatre, anime un groupe de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-La-Seyne ».
  15. « Éthologie clinique:14 textes originaux (S.P.E.I. Éditeur, 1984) »
  16. Page de présentation du diplôme universitaire (DU).
  17. LeJDD.fr, 30 août 2007
  18. Histoire d'Homme par Marie-Odile Monchicourt, Boris Cyrulnik et Yves Coppens, présentation de l'émission sur franceinfo.fr
  19. « Fernando Pessoa de Toulon, ses demi-mensonges et ses vraies omissions », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. « L'ouverture à Toulon de l'antenne d'une université portugaise fait polémique », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  21. « L’université Fernando-Pessoa condamnée à fermer ses portes », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. Les 1 000 premiers jours : Boris Cyrulnik remet le rapport de la commission d’experts à Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, 8 septembre 2020
  23. « « 1 000 premiers jours » de l’enfant : la commission Cyrulnik, bénévole, ignorait que le gouvernement avait payé des consultants privés sur une mission parallèle », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  24. Sylvie O'Dy, « Boris Cyrulnik, l'arpenteur de l'âme humaine », sur lexpress.fr,
  25. « Décret du 31 décembre 2020 portant promotion dans l'ordre national de Légion d'honneur - Légifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le )
  26. Légion d'honneur du Nouvel An. sur LaLibre.be en ligne (consultée le 1er janvier 2015)
  27. « Mères porteuses : plaidoyer pour la défense des plus vulnérables », Le Figaro, 15 mai 2009.
  28. « Boris Cyrulnik face au suicide des enfants » entretien, Le Point.fr, 29 septembre 2011
  29. « Homos et parents ? » Psychologies
  30. Boris Cyrulnik rejoint le comité d'honneur de l'Institut Jane Goodall France, newsletter de l'Institut Jane Goodall France.
  31. Marie Huret, avec Marie Cousin, « Boris Cyrulnik. Le psy qui redonne espoir », sur L'Express,
  32. a et b Anne Jouan, « Boris Cyrulnik, les best-sellers de l'âme », sur Le Figaro,
  33. Sébastien Lemerle, « Les habits neufs du biologisme en France », Actes de la recherche en sciences sociale, nos 176-177,‎ , p. 68-81
  34. Boris Cyrulnik, De chair et d’âme, Odile Jacob, , p. 13
  35. Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner : Entretiens avec Patrice Van Eersel, Albin Michel, , 242 p.
  36. Sébastien Lemerle, Le singe, le gène et le neurone. Du retour du biologisme en France, PUF, , 280 p.
  37. Nicolas Chevassus-au-Louis, « Le grand bazar de Boris Cyrulnik », Revue du crieur, no 6,‎ , p. 22-37 (lire en ligne)
  38. Odile Fillod, « Boris Cyrulnik : stop ou encore ? (1ère partie) », sur Allodoxia, (consulté le )
  39. Odile Fillod, « Boris Cyrulnik : stop ou encore ? (2ème partie) », sur Allodoxia, (consulté le )
  40. Sciences et Avenir, décembre 2008.
  41. Marie-Pierre Genecand, « Boris Cyrulnik: «On a tous le choix entre comprendre ou condamner» », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  42. Robert Habel, « Un plaidoyer pour la pensée libre », Le journal de l'immobilier,‎ , p. 34 (lire en ligne)

Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes